Une expo internationale depuis plus d'un quart de siècle

Pas à pas dans un étonnant jardin de sculptures

En entrant chez Brigitte Danse, on va de surprise en surprise et on comprend vite pourquoi: c’est que les surprises, elle adore ça. Toute sa vie de plasticienne hyperactive en est nourrie.  Esprit créatif, esprit constructif, elle virevolte d’une matière à l’autre, suivant une idée pour sauter à la suivante. Comme une  athlète avalant à plaisir les obstacles.

SES SILHOUETTES AÉRIENNES, EN FIL DE FER TRESSÉ, DANSENT LA JOIE DE VIVRE

Dans une course de haies, chaque haie en succession dissimule une expérience différente, une nouvelle surprise. Ce n’est pas un hasard si Brigitte et son mari ont aménagé leur propriété – un coteau ensoleillé couvrant trois hectares – en labyrinthe. Il n’a rien d’anguleux : vu du ciel, il évoquerait de loin les circonvolutions d’une coquille d’escargot. Doucement paresseux, il enroule ses doubles haies d’aubépine, de houx et de hêtre en un chemin clos qui serpente la colline. Idéal pour la découverte au grand air des idées surprenantes que l’artiste présente en une gradation, au rythme d’une promenade. La mise en scène paysagée, sculptée au naturel, alterne courbes et  cubes. De l’acier et de la rouille, pièces de métal découpées et assemblées en feuillage qui filtre la lumière du ciel. De la pierre, brute et sculptée. De la terre cuite, expressive et généreuse. Des silhouettes aériennes, en fil de fer tressé, qui dansent au vent. Et de l’eau, en abondance.

Cubes ou sphères assemblées pièce après pièce, animaux mythiques, silhouettes allusives, charades de métal, découpages qui jouent avec la lumière la nuit ou convoient un message souvent teinté d’humour.

TOUT UN ZOO NÉ DE L’ACIER ET DU FEU

Entre terre et eau, posé sur une pointe, un imposant cube d’acier Corten roux défie la gravité. Ses faces ajourées d’une dentelle de découpures en cercle projettent au sol une ombre de moucharabieh qui tourne avec le soleil. Il fait partie d’une étrange famille nombreuse née de l’imagination de l’artiste. Cubes ou sphères assemblées pièce après pièce, animaux mythiques, silhouettes allusives, charades de métal, découpages qui jouent avec la lumière la nuit ou convoient un message souvent teinté d’humour.  Entre conception, création, assemblage, entretien, réfection, Brigitte Danse semble ne jamais devoir s’arrêter, mue par une énergie confondante. Et une fantaisie sans limites. Du barbecue dissimulé dans une table basse au carré potager sur roulettes avec grilles anti-chat, en passant par des bassines qu’elle a baptisées “Bassines à Bibi”. D’humbles bassines de zinc chinées dans les fermes, qu’elle recycle en fontaines en y installant un personnage en terre cuite qui crache l’eau.

Ses personnages en bassine, avec leurs positions tellement humaines et sympathiques, ont du succès dans les jardins. Elle les façonne un peu joufflus, avec des poses expressives et des cuisses généreuses : de bons vivants, à l’image de la danseuse dodue qui lui a longtemps servi de logo. On y retrouve l’influence de Mady Andrien qui a été sa professeure à l’Académie de Liège. Sa voie semblait toute tracée dans la sculpture – pour s’en convaincre, il suffit de voir celle qui semble pomper le soleil par tous ses pores de terre cuite au bord de l’étang – mais, très spontanée, elle n’aimait que les chemins de traverse.

“PLURIDISCIPLINAIRE”, POUR ELLE, C’EST TOUT EMBRASSER, DE TOUTE SON ÂME

Alors, elle a fait le contraire : s’attaquer au moins à douze choses différentes et finir par bien les maîtriser… Sauf peut-être le bois avec lequel elle dit avoir peu d’affinités (encore que la longue table qui orne son salon, alliage de chêne et d’acier brut, lui apporte un démenti assez somptueux). Mais tout le reste, terre, métal, pierre, verre, polyester, végétal et eau vive, elle les étreint et les brasse avec l’énergie d’une fontaine jaillissante. Brigitte Danse, c’est une créativité à jet continu, qui s’est d’abord exprimée dans la pierre des carrières de Sprimont ou du Hainaut. Des blocs massifs, de plusieurs tonnes parfois, qu’elle est allée tailler de plus en plus loin. Autriche, France, Italie, Lithunanie, Canada, Etats-Unis. Au Québec, elle a même allié pierre et eau, avec des sculptures de glace éphémère. Tout en haut de son labyrinthe-parcours d’œuvres, chez elle, elle a installé un rocher brut de trois tonnes et demi qu’elle a creusé de canaux pour en faire, ici aussi, une fontaine. L’eau circule dans la pierre moussue, son murmure change de ton selon l’endroit d’où elle s’écoule. De la poésie en mouvement.

BRINS DE DANSE, BRINS DE FOLIE

Le mouvement de ses œuvres, si différentes, est une de ses constantes. Elle élance vers le ciel d’élégantes silhouettes de fil d’acier tressé, que le vent fait doucement onduler. Ce sont ses “Brins de danse” ou “Brins de folie”, ils semblent sauter comme des basketteurs sans ballon. Aux branches squelettiques d’un arbre de métal, elle fait pendre d’étranges fruits, bouteilles vides ornées de figurines de verre ou de terre cuite qui virevoltent sous la brise. Un chien d’acier Corten, saisi en position d’arrêt, porte dans sa gueule une branche morte; elle l’a évidemment baptisé “Apporte!”. Toujours avec ce même matériau qu’elle affectionne, elle façonne des centaines de petites pièces de taille et de forme différente, comme des feuilles de métal à la rouille éternelle. Puis les assemble en les soudant, pour créer ce que l’inspiration du moment lui souffle à l’esprit. Ici, un cercle de feuilles sur un rectangle, reliés par un ressort, voilà une tête qui se balance au fond d’un jardin. Là, une”Gloriette lunaire”, ciel de lit en feuilles d’acier soudées au-dessus d’un banc de méditation en rondins, comme un baldaquin qui distille des taches de lumière. Là encore, toujours en pièces minutieusement travaillées et imbriquées, des “hybrides” de cheval et de girafe perchés sur de hautes pattes, des “Arbrivores”. “Mammifère pacifique se nourrissant d’arbres”, précise Brigitte qui danse toujours avec les mots dans les noms qu’elle choisit. Et inscrit souvent dans la matière elle-même, comme cette sphère de métal qui chante “Quelque chose en toi ne tourne pas rond”  Ou ce cube qui reprend dans sa structure ajourée signes astrologiques, symboles masculin-féminin et yin-yang en un joyeux vis-à-vis.

“QUOI DE NEUF AUJOURD’HUI?”

La joie, tiens : celle de créer, de jouer avec les formes, les matières et les choses, est peut-être ce qui définit le mieux l’art de cette sculptrice chaleureuse, qui est la vie même. On imagine Brigitte Danse souriant en façonnant les trognes caricaturales qu’elle appelle ses “Niquedouilles”, comme on la voit bien s’extasiant devant un pan de roche d’une centaine de kilos, au point de l’inclure dans un mur de sa cuisine. Cette femme-là, ce n’est pas “Bonjour tristesse”, ce serait plutôt “Quoi de nouveau ce matin?” Elle a patiemment amassé et trié quatre cent bouteilles de formes différentes pour les assembler, en une installation qui ondule doucement : “Reflets de traditions”. Les bouteilles sont vides mais ses journées sont pleines, pleines. Et déjà approche juillet, le moment de la traditionnelle exposition de plein air à laquelle elle convie chaque année une demi-douzaine d’artistes étrangers de talent. “C’est la vingt-sixième, ou la vingt-septième? Je ne sais plus” dit-elle. Après tout, qu’importe? Ce sera de toutes manières une belle surprise.   Stève Polus

http://www.brigittedanse.be

Rue d’Adzeux 16
4141 LOUVEIGNE
Exposition Pas à Pas en juillet, les mercredi, samedi et dimanche de 14 h à 18 h

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